Réglementation thermique

RT2012, RE2020 : pourquoi les bâtiments les plus performants sont aussi les plus exigeants à construire

Maxim TOESCA
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RT2012, RE2020 : pourquoi les bâtiments les plus performants sont aussi les plus exigeants à construire

Isoler toujours plus, consommer toujours moins d’énergie : depuis le premier choc pétrolier de 1974, la réglementation thermique française n’a cessé de se durcir. Une bonne nouvelle pour la facture énergétique et l’empreinte carbone… mais qui n’est pas sans conséquences techniques. Un bâtiment très isolé et très étanche à l’air ne se construit pas — et ne se rénove pas — comme un bâtiment traditionnel. Mal maîtrisées, ces nouvelles exigences peuvent générer des pathologies spécifiques, que je suis amené à expertiser régulièrement.

Faisons le point sur ces réglementations et sur les points de vigilance qu’elles impliquent.

Un durcissement continu depuis 50 ans

La réglementation thermique encadre la quantité maximale d’énergie qu’un bâtiment peut consommer pour se chauffer, s’éclairer ou être climatisé. Depuis la première réglementation de 1974, née du choc pétrolier, les seuils de consommation autorisés n’ont cessé de baisser : prise en compte des apports solaires en 1982, de la consommation globale en 1988, du protocole de Kyoto en 1996, jusqu’à la RT2012 qui a divisé par 2 à 4 la consommation énergétique autorisée par rapport aux réglementations précédentes. Depuis 2022, c’est la RE2020 (Réglementation Environnementale) qui prend le relais, avec des exigences encore renforcées.

La RT2012 : l’ère de la performance énergétique

La RT2012 repose sur trois exigences de résultat, indépendantes les unes des autres :

À ces exigences de résultat s’ajoutent des exigences de moyens : traitement systématique des ponts thermiques, test d’étanchéité à l’air obligatoire (« test de la porte soufflante »), surface minimale de baies vitrées, recours aux énergies renouvelables en maison individuelle.

La RE2020 : la dimension carbone s’ajoute à l’énergie

Dans la continuité de l’accord de Paris et de l’objectif de neutralité carbone à 2050, la RE2020 va plus loin en intégrant, pour la première fois, l’impact carbone du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie — pas seulement sa consommation en exploitation. Elle repose sur six exigences de résultat, dont trois sont entièrement nouvelles par rapport à la RT2012 :

Concrètement, cette évolution se traduit notamment par la suppression progressive du chauffage au gaz en maison individuelle dès 2022, puis en collectif à partir de 2025, et par une incitation croissante aux matériaux biosourcés.

Le revers de la médaille : les pathologies des bâtiments performants

C’est là que le sujet intéresse directement l’expert en bâtiment. Un logement conçu pour être extrêmement isolé et étanche à l’air n’obéit plus aux mêmes équilibres physiques qu’un bâtiment traditionnel, plus « perméable ». Sans une conception et une mise en œuvre rigoureuses, plusieurs désordres spécifiques peuvent apparaître :

Sur les bâtiments neufs :

Sur les bâtiments rénovés, la vigilance doit être encore plus grande : ajouter une isolation performante ou de nouveaux équipements de chauffage à un bâtiment existant modifie en profondeur les équilibres thermiques, phoniques et hygrométriques initiaux, notamment les transferts d’humidité au sein des parois. Une rénovation énergétique mal pensée peut ainsi créer des désordres qui n’existaient pas auparavant — un exemple concret du couple indissociable isolation/ventilation évoqué dans l’article sur les pathologies liées à l’humidité.

Ce qu’il faut retenir

Ces réglementations thermiques et environnementales successives ont indéniablement permis de réduire la consommation énergétique du parc immobilier français. Mais elles ont aussi complexifié la construction et la rénovation : isolation et ventilation ne peuvent plus être pensées séparément, et chaque intervention sur l’enveloppe d’un bâtiment doit être appréhendée dans sa globalité, sous peine de créer des désordres nouveaux.

En tant qu’expert spécialisé dans le génie thermique, climatique et l’isolation des bâtiments, j’interviens régulièrement pour déterminer si un désordre constaté dans un bâtiment récent ou rénové (moisissures, surchauffe, nuisances de VMC, non-conformité énergétique) résulte d’un défaut de conception, d’une malfaçon d’exécution, ou d’un mauvais usage du bâtiment par ses occupants — une distinction essentielle dans le cadre d’un litige entre un maître d’ouvrage, un constructeur ou un bureau d’études thermiques.


Vous constatez un désordre dans un bâtiment récent, RT2012 ou RE2020, ou après une rénovation énergétique ? N’hésitez pas à me contacter pour un diagnostic technique objectif.

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